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Le Luxembourg est le premier pays de l’Union européenne – et un des premiers au monde – à bannir le glyphosate, présent dans de nombreux herbicides. Une mesure radicale qui entrera en vigueur le 1er janvier 2021.

Le glyphosate sera totalement interdit au Luxembourg  dès le 1 er janvier 2021, tel que l’accord de gouvernement l’avait prévu . C’est ce qu’a confirmé ce jeudi matin  Romain Schneider  (LSAP), ministre de l’Agriculture, de la Viticulture et du Développement rural.

Plus de vente à partir de février

Le Luxembourg sera le premier pays de l’Union européenne à prendre une mesure aussi radicale. L’Autriche avait cette ambition, mais la démission de son gouvernement et les nouvelles élections qui ont suivi ont ralenti le processus. Au niveau mondial, seule une poignée de pays ont été aussi loin, notamment des États du Golfe persique ou le Malawi. Le Vietnam, par exemple, n’a décidé que d’une interdiction partielle, tout comme le Danemark ou quelques autres.

«Ici, le message est clair: la substance active glyphosate est interdite tant pour les privés que pour les professionnels», souligne le ministre. Qui par «professionnels» entend agriculteurs, fruticulteurs, viticulteurs… Mais aussi les entreprises qui utilisent du glyphosate. En France, par exemple, la SNCF consomme 0,4% du total de glyphosate employé dans le pays. «Logiquement, les CFL vont aussi être dans l’obligation de se passer de ce désherbant», note Romain Schneider.

Si des discussions sont en cours depuis plusieurs mois avec les différents secteurs concernés, le calendrier sera maintenant serré. Dès le 1er février prochain, une interdiction de mise sur le marché de produits phytopharmaceutiques entrera en vigueur. Les stocks pourront être écoulés jusqu’au 30 juin de cette année. Enfin, l’utilisation sera interdite dès le 31 décembre à minuit.

13,6 tonnes utilisées chaque année

«Il y aura évidemment des contrôles, et des sanctions prévues», souligne le ministère. Chaque année, les professionnels utilisent 13,6 tonnes de glyphosate. Les chiffres concernant les particuliers ne sont pas connus, alors que le Roundup a été un herbicide extrêmement populaire.

L’enjeu était ici de prendre une mesure environnementale forte tout en n’induisant pas de pertes financières pour les agriculteurs et autres. «Nous avons donc été à la rencontre du secteur et proposons des primes contre l’abandon volontaire du glyphosate», relate le ministre. «J’ai moi-même été surpris de l’engouement pour cette proposition. 592 de nos 1.005 exploitations agricoles ont confirmé vouloir participer. C’est le signe qu’une vraie prise de conscience a eu lieu.» Ceux qui renoncent au glyphosate touchent 30 euros par hectare pour les terres arables, 50 euros pour les terres viticoles et 100 euros pour l’arboriculture fruitière. 

Ces primes «à l’entretien du paysage et de l’espace naturel» seront maintenues au-delà du 31 décembre prochain, confirme Romain Schneider. Tout en étant sans doute revues légèrement à la baisse.

On notera que les vignerons luxembourgeois sont aussi les premiers, sans exception, à renoncer au glyphosate dès l’année de production 2019-2020. Et ceux qui renoncent totalement aux herbicides peuvent prétendre à une prime de 500 à 550 euros par hectare selon la pente du terrain.

Investir dans la technologie

Et pour compenser les pertes de rendement, c’est sur la technologie qu’on misera. «De nouvelles machines très efficaces existent pour désherber. Nous allons aider aux investissements via la loi agraire», indique encore le ministre.

Qui conclut en indiquant: «Notre plan national de réduction des produits phytopharmaceutiques prévoit une diminution de 50% de ceux-ci d’ici à 2030, et de 30% en ce qui concerne les ‘big movers’, les plus dangereux, dont fait partie le glyphosate. C’est ici un geste très fort qui est posé.»

Actuellement, 5% des surfaces agricoles du pays sont exploitées en bio. Le but reste d’atteindre les 20% le plus rapidement possible.

Écrit par Nicolas Léonard.
Source: PAPERJAM