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Le ministre de la Santé luxembourgeois, Etienne Schneider, espère que la légalisation contrôlée du cannabis récréatif au Grand-Duché entrera en vigueur d’ici deux ans. Pour lui, le modèle de prohibition en place depuis quarante ans “a échoué”. Il a conscience que les pays frontaliers – France, Allemagne et Belgique – s’inquiètent.

Étienne Schneider, pourquoi le Luxembourg veut-il à tout prix aboutir rapidement à la libéralisation du cannabis ?

Étienne SCHNEIDER, ministre de la Santé du Grand-Duché-de-Luxembourg : Mon obsession, c’est de résoudre ce problème de santé publique. Nous voyons clairement, depuis quarante ans, que notre politique antidrogue ne fonctionne pas. Au Luxembourg comme dans d’autres pays. On a beau interdire tout ce qu’on veut, les drogues sont vendues et diffusées partout quand même et le marché noir ne cesse d’exploser.

Nous avons décidé de nous remettre en question. On fait le choix de légaliser la production, la distribution, la consommation et la possession de cannabis, surtout si on observe ce qu’on peut acheter sur le marché illégal. C’est de la merde ! C’est très dangereux ! Réglementer, ça veut dire des produits de meilleure qualité. L’objectif, c’est une entrée en vigueur d’ici deux ans.

Nous serons exigeants sur la vérification du lieu de résidence des clients pour éviter le tourisme du cannabis

Étienne Schneider, ministre de la Santé luxembourgeois

Qui pourra acheter, qui ne pourra pas ? Un Français pourra-t-il se procurer du cannabis comme il achète du tabac en faisant son plein de carburant ?

Non, bien sûr. Ce sera réservé exclusivement aux résidents luxembourgeois. On contrôlera aussi le niveau de THC (la substance active du cannabis, ndlr). J’insiste, notre but n’est pas de gagner de l’argent. Nous avons annoncé que les recettes de cette vente de cannabis seront reversées à un fonds de prévention de plusieurs dangers, dont les toxicomanies.

Nous serons exigeants sur la vérification du lieu de résidence des clients pour éviter le tourisme du cannabis. Nous ne voulons pas que Luxembourg soit le nouvel Amsterdam. Il sera de toute façon seulement autorisé de consommer en privé, pas dans la rue, ni dans les bistrots et cafés. Nous avons conscience que les pays voisins observent avec attention notre processus. Je comprends qu’ils soient inquiets si le cannabis est vendu aux frontaliers. Mais ça ne sera pas le cas.

Nous ne voulons pas le retour des contrôles aux frontières pour éviter une exportation de cannabis du Luxembourg vers d’autres pays

Étienne Schneider, ministre de la Santé luxembourgeois

Allemagne, Belgique et France auront des législations différentes une fois la loi adoptée au Luxembourg. Ne craignez-vous pas des difficultés légales, judiciaires avec vos voisins ? Travaillez-vous avec eux ?

Rassurez-vous : je ne veux pas risquer qu’un jour la France, la Belgique ou l’Allemagne réintroduise des contrôles aux frontières pour éviter une exportation de cannabis du Luxembourg vers leur pays. Pour l’instant, nous avons un peu discuté avec l’Allemagne. La France, pas encore, mais cela va venir. Actuellement, nous travaillons sur le contenu de notre projet. La note stratégique sera discutée au conseil des ministres à la rentrée. Après, je vais contacter mes trois homologues des pays frontaliers et peut-être discuter avec eux de leur position sur le cannabis.

Le Luxembourg ouvre une brèche. En France, le principe reste la prohibition. Pourquoi, à votre avis ?

Je ne veux pas commenter les choix de la France. C’est plus difficile de mettre tout le monde d’accord dans un grand pays que dans un petit pays. Moi, je n’ai pas besoin de consulter des centaines de personnes pour aller dans cette direction. On en a discuté lorsque nous avons formé le gouvernement de coalition. Je sais cependant que beaucoup de politiques sont d’accord avec nous en France mais il faut une majorité au Parlement pour changer radicalement les choses.

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Propos recueillis par Alain MORVAN

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